Un regard ouvert, des cils naturels courbés pendant plusieurs semaines, sans colle d’extension ni mascara : le rehaussement de cils, souvent appelé lash lift ou « permanente des cils », s’est imposé en quelques années comme une prestation incontournable des instituts et des studios du regard. Derrière un geste qui paraît simple se cachent des produits chimiques encadrés par la réglementation cosmétique, un travail au plus près de l’œil et des exigences strictes d’hygiène. Technique, cadre réglementaire, qualification, formation et bonnes pratiques : les repères pour proposer cette prestation sérieusement.
Le rehaussement de cils, qu’est-ce que c’est ?
Le rehaussement de cils consiste à modifier temporairement la forme des cils naturels pour leur donner une courbure relevée, à la manière d’un recourbe-cils mais avec un effet qui dure plusieurs semaines. Le principe est le même que celui de la permanente en coiffure : une première lotion agit sur la structure de la kératine du cil pour le rendre malléable, le cil est maintenu dans la forme voulue, puis une seconde lotion vient fixer cette nouvelle forme.
La prestation se distingue nettement de la pose d’extensions de cils : aucun cil synthétique n’est ajouté, seuls les cils naturels sont travaillés. Le résultat dépend donc directement de leur longueur, de leur densité et de leur état. Le rehaussement est fréquemment associé à une teinture des cils, qui intensifie le regard, et parfois à un soin nourrissant en fin de séance.
Rehaussement de cils : les repères essentiels
Schéma Filière Beauté — le rehaussement de cils, une prestation technique au contact de l’œil.
Le déroulé d’une séance
Une séance dure généralement entre 45 minutes et un peu plus d’une heure, teinture comprise. Elle commence par un échange avec la cliente : attentes, antécédents de réactions à des produits cosmétiques, port de lentilles, sensibilité oculaire, prestations récentes sur les cils. Ce temps d’accueil permet de repérer une éventuelle contre-indication avant de commencer.
Viennent ensuite plusieurs étapes, dont le détail varie selon les marques et les protocoles :
- Préparation : démaquillage et dégraissage des cils, protection des cils inférieurs par un patch.
- Choix du gabarit : des coussinets ou bigoudis en silicone, de tailles différentes, sont sélectionnés selon la longueur des cils et la courbure recherchée, puis placés sur la paupière mobile.
- Mise en forme : les cils sont relevés et disposés un à un sur le gabarit à l’aide d’un adhésif spécifique.
- Première lotion : la lotion de permanente est appliquée sur une partie du cil, en évitant la racine et la peau, pour un temps de pose adapté à la nature des cils (fins, épais, déjà fragilisés).
- Seconde lotion : après retrait de la première, une lotion de fixation stabilise la nouvelle forme.
- Finitions : teinture éventuelle, soin, retrait délicat du gabarit et conseils d’entretien.
Le résultat suit le cycle naturel de renouvellement des cils : il est généralement visible pendant plusieurs semaines, souvent de l’ordre de six à huit, avant que les nouveaux cils ne repoussent droits. Un délai raisonnable entre deux séances est recommandé par les fabricants pour ne pas fragiliser les cils.
Des produits encadrés par le règlement cosmétique
Les lotions de rehaussement sont des produits cosmétiques soumis au règlement (CE) n° 1223/2009. Beaucoup reposent sur l’acide thioglycolique et ses sels, des substances inscrites à l’annexe III du règlement, qui liste les ingrédients autorisés sous conditions. Depuis une modification introduite par le règlement (UE) 2015/1190, ces substances sont autorisées dans les produits destinés à onduler ou recourber les cils avec une concentration maximale de 11 % et un usage strictement professionnel, assorti d’avertissements obligatoires sur l’étiquette. D’autres formules utilisent des actifs différents, comme la cystéamine, présentés comme plus doux mais qui restent des produits à manipuler avec rigueur.
Pour le professionnel, cela implique quelques réflexes : n’acheter que des produits dont l’étiquetage est conforme et rédigé en français, respecter scrupuleusement les temps de pose et les consignes du fabricant, ne jamais revendre ces lotions à la clientèle pour un usage à domicile et conserver les références des produits utilisés. Les mêmes exigences s’appliquent aux teintures pour cils : certaines substances de coloration n’y sont admises que pour un usage professionnel, et un test préalable de sensibilité est généralement recommandé, comme pour la coloration capillaire. Pour aller plus loin sur l’étiquetage et le discours commercial, voir aussi ce que la loi autorise en matière d’allégations cosmétiques.
Qui peut pratiquer le rehaussement de cils ?
En France, l’article 16 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 réserve les soins esthétiques à la personne autres que médicaux et paramédicaux à des personnes qualifiées professionnellement (au minimum le CAP esthétique, ou une expérience professionnelle reconnue) ou exercés sous leur contrôle effectif et permanent. Le rehaussement de cils, qui implique l’application de produits chimiques au contact de la zone oculaire, est généralement rattaché à ces soins esthétiques. La question des prestations « ciblées » sur le regard fait toutefois l’objet d’interprétations variables : avant de s’installer, il est prudent de vérifier sa situation auprès de la chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) de son département.
Dans les faits, la grande majorité des praticiennes et praticiens sont des esthéticien·nes diplômé·es qui ajoutent cette technique à leur carte. Pour les personnes en reconversion, l’obtention d’un diplôme d’esthétique reste la voie la plus sûre : le métier d’esthéticien·ne et les parcours CAP, BP et BTS sont détaillés dans nos guides.
Se former au rehaussement de cils
Il n’existe pas de diplôme d’État spécifique au rehaussement de cils. La technique s’apprend lors de formations courtes, souvent d’une à deux journées, proposées par des écoles d’esthétique, des centres de formation ou des marques de produits. Leur contenu et leur qualité varient fortement. Une bonne formation aborde au minimum :
- l’anatomie de l’œil et le cycle de pousse des cils ;
- le choix des gabarits selon la morphologie et la longueur des cils ;
- la chimie des lotions, les temps de pose et la gestion des cils sensibilisés ;
- la teinture des cils et le test de sensibilité ;
- les contre-indications, l’hygiène et la conduite à tenir en cas d’incident ;
- une pratique encadrée sur modèles, et pas seulement une démonstration.
Avant de s’inscrire, il est utile de vérifier si l’organisme est certifié Qualiopi, condition pour mobiliser certains financements, et si la formation est rattachée à une certification enregistrée au Répertoire spécifique de France compétences. Les dispositifs de prise en charge sont présentés dans notre article financer sa formation beauté.
Hygiène, contre-indications et précautions
Travailler à quelques millimètres de l’œil impose une hygiène irréprochable : lavage et désinfection des mains, gabarits et outils nettoyés et désinfectés entre chaque cliente ou à usage unique, produits refermés après usage, poste de travail propre et bien éclairé. Les règles générales sont rappelées dans notre guide sur l’hygiène en institut.
Certaines situations conduisent à reporter ou refuser la prestation : œil irrité, infection ou inflammation oculaire en cours, chirurgie ou traitement récent de la zone, antécédent de réaction à ce type de produit, cils très abîmés. Les notices des fabricants mentionnent aussi des précautions particulières, par exemple pendant la grossesse. Le professionnel ne pose aucun diagnostic : en cas de doute, de gêne persistante ou de réaction après la séance, il oriente la cliente vers un médecin, un ophtalmologiste ou un pharmacien.
Les consignes d’après-séance font partie de la prestation : éviter de mouiller les cils, le maquillage et la vapeur pendant les premières heures indiquées par le fabricant, ne pas frotter les yeux, limiter les produits gras sur la zone. Bien expliquées, elles prolongent le résultat et limitent les déceptions.
Intégrer la prestation à son activité
Peu gourmand en matériel, le rehaussement de cils s’intègre facilement dans une carte d’institut, en complément de l’épilation des sourcils, de la teinture ou du maquillage permanent. Son rythme de renouvellement en fait une prestation fidélisante. Le tarif se construit comme pour tout soin : temps passé, coût des consommables et positionnement local, selon la méthode du coût-minute.
Côté obligations, il faut s’assurer que l’assurance responsabilité civile professionnelle couvre explicitement les prestations sur les cils, tenir une fiche cliente conforme au RGPD et communiquer de façon honnête : pas de promesse de « pousse » ou de « réparation » des cils, pas de photos retouchées présentées comme des résultats réels. Cet article ne constitue ni un conseil juridique, ni un avis médical.
À retenir : le rehaussement de cils courbe durablement les cils naturels grâce à des lotions de permanente que le règlement cosmétique réserve à un usage professionnel. Généralement rattaché aux soins esthétiques, il suppose une qualification à vérifier auprès de sa CMA, une formation pratique sérieuse, une hygiène rigoureuse et le respect des contre-indications, avec une orientation vers un professionnel de santé en cas de réaction.
FAQ
Quelle différence entre rehaussement de cils et extensions de cils ?
Le rehaussement travaille uniquement les cils naturels, qu’il courbe durablement grâce à des lotions de permanente. Les extensions consistent à coller des cils synthétiques sur les cils naturels pour allonger ou densifier le regard.
Combien de temps dure un rehaussement de cils ?
Le résultat suit le cycle naturel des cils et reste généralement visible plusieurs semaines, souvent six à huit, avant que les nouveaux cils ne repoussent droits.
Faut-il être esthéticienne pour faire un rehaussement de cils ?
Le rehaussement est généralement rattaché aux soins esthétiques, réservés par la loi du 5 juillet 1996 à des personnes qualifiées ou exercés sous leur contrôle. Il est conseillé de vérifier sa situation auprès de la chambre de métiers et de l’artisanat.
Les produits de rehaussement de cils sont-ils réglementés ?
Oui. Ce sont des produits cosmétiques soumis au règlement (CE) n° 1223/2009 ; l’acide thioglycolique et ses sels y sont autorisés pour les cils à 11 % maximum et pour un usage professionnel uniquement, avec des avertissements obligatoires.
Y a-t-il des contre-indications ?
Oui : œil irrité ou infecté, chirurgie ou traitement récent de la zone, antécédent de réaction aux produits, cils très abîmés. Les notices des fabricants prévoient d’autres précautions. En cas de doute ou de réaction, la cliente doit être orientée vers un professionnel de santé.
Sources : règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques ; règlement (UE) 2015/1190 modifiant l’annexe III ; loi n° 96-603 du 5 juillet 1996, article 16 ; France compétences.
À lire aussi : extensions de cils : métier, hygiène et allergie, le maquillage permanent, l’épilation en institut, la réglementation d’un institut de beauté, choisir son statut juridique et le métier d’esthéticien·ne.
Article informatif ; présentation générale du rehaussement de cils et de son cadre en France, sans valeur de conseil juridique ou médical. Les consignes des fabricants et la réglementation en vigueur prévalent ; en cas de réaction ou de gêne oculaire, consultez un professionnel de santé.


